S’il fallait

S’il fallait trouvait un prétexte pour venir voir jouer les Infernalles, celui d’un derby suffisait amplement.

S’il fallait se poser des questions sur l’état d’esprit des Luzéchoises, les réponses se trouveraient sur leur visage encore marqué par le discours enflammé de la capitaine au sortir des vestiaires dont les murs en tremblent encore.

S’il fallait attendre le bruit strident de l’homme en vert, il n’y eu pas moins ce moment étrangement silencieux au coup d’envoi où seuls les battements de cœur des joueuses pouvaient être perçus sans l’apport de l’indispensable stéthoscope.

S’il fallait se douter que demi d’ouverture ne signifiait pas forcément la première bière servie, son premier plaquage allait quand même annoncer la couleur de la pression.

S’il fallait donner une définition au mot collectif, celle-ci se trouverait dans le premier essai ou la moitié de l’équipe devait s’écrouler de l’en-but pour enfoncer la gonfle dans les entrailles de la pelouse.

S’il fallait pester contre les bourrasques de vent à fort coefficient réfrigérant, peut-être que notre troisième ligne aile « internationale » de la Douve s’en est-elle servie pour filer telle une gazelle refoulée afin d’aller déposer le précieux objet ovoïde derrière la ligne.

S’il fallait donner un descriptif du troisième essai, celui-ci serait tout simplement une unité de mesure servant à quantifier les mètres gagnés au gré des différentes percussions dignes d’une congrégation de marteau-piqueurs.

S’il fallait se rappeler que les origines du rugby étaient bel et bien le football, notre arrière ne manqua pas de se rappeler l’histoire en nous gratifiant de deux magnifiques gestes directement sortis d’un bon vieux match de district.

S’il fallait lever les bras au ciel, ce ne serait pas forcément pour admirer la dernière déco de Noël du sacro-saint Impernal, mais bel et bien pour le frisson d’une victoire bien méritée malgré de dernières minutes dont on avait clairement l’impression qu’elles étaient composées de 120 secondes chacune.

S’il fallait avoir le besoin de préciser qu’un derby se devrait d’être gagné autant que d’être joué, le son du Pilou-pilou devrait rappeler à tout le monde la satisfaction d’un travail bien fait.

S’il fallait remonter à la genèse de cette victoire, on ne pourrait faire autrement que d’évoquer les « mots » d’avant match. Ceux-ci furent prononcés tout d’abord par le coach au travers d’images, pour le moins évocatrices, histoire de d’expliquer à ses protégées l’impact d’un tel match.

S’il fallait expliquer la portée de son discours, nous pourrions le traduire par « faire mouche ». Au fil des mots et de l’intonation, les gorges se nouaient, les mains s’agrippaient entre elles histoire de ne pas tomber seules dans les abysses de l’émotion et même la native de la commune ne put empêcher son visage de glisser entre ses mains pour essayer de masquer l’inconcevable.

S’il fallait un discours qui marque, l’objectif serait atteint.

S’il fallait ensuite éprouver le besoin d’étayer la « thèse de l’auvergnat », la présidente y alla aussi de son laïus, non sans être pris elle-même par la teneur de ses propos.

S’il fallait faire comprendre les choses, allait-il simplement suffire de les dire ?

S’il fallait enfin un au revoir, se serait celui d’Andréa qui au travers de ces années passées à jongler entre vie privée et passion allait éclabousser une dernière fois la pelouse de la Douve de tout son talent.

A l’instar de notre Justine nationale l’année passée, il fallait lui souhaiter plein de bonnes choses pour sa nouvelle vie tout en étant estampillée Infernalles à jamais.

S’il fallait retenir de cet après-midi la victoire, nul n’avait le pouvoir de priver ces guerrières de laisser échapper leurs émotions d’après match même si quelques unes s’étaient déjà évaporées avant celui-ci mais peut-être était-ce la véritable part des anges.

S’il fallait valoriser le rugby féminin…   il vous suffirait de venir encourager les Infernalles.

Olivier Cot

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