Le OUI-MÉ de Molive

Oui mais ça aurait pu passer

« Oui mais ça va faire long jusqu’à Palavas »

Effectivement, depuis le début de la saison, jamais les sonneries de réveil n’avaient retenti aussi tôt et les yeux nous jouent la danse du « collé-cerné ».

Qu’à cela ne tienne puisque notre boulanger national nous a fabriqué des chocolatines dont on se demande encore s’il n’a pas remplacé la levure par de l’engrais. Les boissons vitaminées et caféinées sont également du voyage.

Quart de final oblige, un peu plus de monde que d’habitude dans le bus pour venir soutenir « les nanas » et quelques haltes au bord de l’autoroute pour récupérer des joueuses et le coach. Et oui, il y en a qui viennent de loin pour s’habiller en rouge et blanc. Tout le monde a sa place mais le principal objectif étant d’essayer de terminer sa nuit pour les unes et de digérer les chocos pour les autres.

Ça envoie de la clim, du bouquin, et du café mais les joueuses sont détendues, et hormis le couple de fêtards monté à Montauban, ça respire le sérieux.

L’entraîneur est dans sa compo, et les kilomètres défilent tant est si bien qu’il va falloir penser à faire manger les filles, les autres feront pareil mais ça n’a pas la même importance.

« Oui mais pas trop de bus après manger »

C’est donc sur une sympathique aire de repos proche de Béziers, que la confrérie lotoise jette son dévolu. Soleil ostentatoire, un vent à décorner les bœufs et une foultitude de tables à dispositions.

Les Infernalles nous font le coup de la réunion tupperware, gestion alimentaire oblige ; quant aux non-sportifs, ils ont droit à un casse-croute dont on ne sait pas si c’est Gargantua qui a composé le menu ou s’ils attendent un deuxième bus.

Entre le foie gras et les cerises, le boulanger a encore fait des siennes puisque la tourtière de sa composition ne se compte pas en nombre de parts mais en mètre carré !

Concours de bandages pour les unes, de coiffure pour les autres, le tout suivi d’une ballade…ça devient sérieux. Elles se parlent, se regardent, se rassurent et « Martine » nous capture tout ça.

« Oui mais là faut y aller »

Trois quarts d’heure plus tard, les voilà aux portes du stade. Début d’agacement général car pas d’accès au stade pour le bus suivi d’un itinéraire hasardeux pour accéder aux installations. Tout rentre dans l’ordre et les filles de la Douve découvrent le terrain entièrement grillagé sur deux mètres de haut, la pelouse quasi parfaite (le jardinier est peut-être anglais) et les niçoises déjà installées. L’échauffement se passe, la tension monte et les filles regagnent les vestiaires aussi groupées que possible. Les copains et les copines ainsi que les familles ont fait le déplacement et le font savoir.

« Oui mais l’arbitre a sifflé le début »

Malgré une licence estampillée de l’année 1975 chez les niçoises (Captain Méla n’est donc pas la plus âgée sur la pelouse), celles-ci possèdent un effectif très jeune qui semble être envahi de fourmis au niveau des membres inférieurs. Il fait chaud, ça galope mais ce sont les Infernalles qui dominent et qui contrôlent.

Après une pénalité réussie, Baby Shark se la joue en mode braqueuse en prenant le ballon dans les mains de son adversaire, sans aucune forme de préavis, pour filer à l’essai.

Les occasions s’enchaînent mais point de concrétisation. Surtout pas de regret s’étaient elles dites. Les citrons arrivent avec un solde de plus cinq pour les Infernalles qui devront tout de même composer sans leur demi d’ouverture sortie sur blessure.

Le deuxième acte repart, sous un soleil toujours revendicateur mais avec des niçoises qui ne semblent pas être équipées de la même boite de vitesse que les filles de la Douve. Ça va vite, très vite, trop vite. Les maritimes ont franchi la ligne par deux fois et s’adjugent un plus 7 points à la mi-temps de la deuxième mi-temps.

Les regards se ferment et le nombre de solutions qui s’offrent aux rouges et blanches n’est que très limité. Ce n’est pas grave ; quand il n’y a pas les jambes, il peut y avoir la tête et c’est avec un gros mental que les Infernalles vont pousser pour tenter de revenir. Deux blessées supplémentaires plus tard (troisième ligne centre et talonneuse) elles continuent d’y croire et arrivent à deux mètres de la ligne…

« Oui mais l’arbitre vient de siffler la fin »

Le moment tant redouté est arrivé, encore un premier tour de play-off en mode échec. Les têtes sont basses, il y a des genoux à terre mais il faut féliciter les niçoises en train de chanter. Elles n’y croient toujours pas, serrent les mains de leurs adversaires mais le surplus de tristesse est difficile à contenir.

Le coach puis la capitaine au centre d’un discours simple mais porteur qui a le don d’envoyer les lacrymales au combat. Il faut sortir car les niçoises font la haie d’honneur mais celle-là relève du supplice. Les yeux sont rouges et il faut vite rentrer aux vestiaires, pourtant il n’y a aucune honte à avoir.

Petit regard à 360°… « où est la capitaine ? »

Seule au milieu du terrain, elle craque car si pour ses copines c’est une fin, pour elle c’est LA fin. Elle s’est retenue jusque là mais s’en est trop ; plus de force, ni de lucidité tant est si bien qu’elle en implore les dieux du rugby en leur demandant pourquoi n’avaient-elles pas le droit d’aller en demi ? Peut-être parce que les dieux du rugby n’ont jamais existé.

  « Oui mais ça va faire long pour rentrer à Cahors »

Le voyage retour s’annonçait effectivement des plus compliqué mais après avoir refait cent fois le match et trouver des tentatives d’explication à cette défaite, le naturel jovial de ces filles repris le dessus.

Même si certaines lunettes de soleil étaient encore de mise après le coucher du soleil, la pause technique de l’aire des Corbières, allait se révéler totalement redoutable. Il restait un demi mètre carré de tourtière à consommer et Christian Jouves qui était du voyage, avait décider d’offrir le champagne et ce quel que soit le résultat pourvu que ça porte le maillot de Luzech et que ça le respecte.

Bilan de la halte… un chef d’œuvre de science-fiction totalement irréel mais bien réel ! La présidente en rigole encore. Arrivé sur Cahors, tout ce petit monde finit par rentrer dans ses pénates car après cinq heures de bus, on n’invente plus rien.

Après cette journée, difficile de parler de magie des phases finales quand vous prenez de plein fouet une défaite à aucun moment imaginée.

Elles ont essayé mais visiblement les jambes des niçoises allaient plus vite que le mental des Infernalles. Pourtant malgré le chaos des sentiments qui régnait, même à froid, elles n’ont absolument pas à rougir de leur prestation car l’opposition proposée était tout simplement meilleure…

« oui mais ça aurait pu passer »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *